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L'intuition d'un flic (critique pour le poulpe savant)

Les récits policiers abondent depuis les origines du cinéma et tout spectateur, amateur ou non, est familier avec les codes du genre. French Connection se démarque cependant par son épure : ce qui paraissent être des incohérences scénaristiques sont le résultat d’une épuration du récit. On nous épargne les discussions de bureau interminables et les historiques de chaque bandit pour se concentrer sur ce qui constitue la moelle d’une enquête. Ainsi, en évitant ces éléments secondaires vus et revus du polar, Friedkin se concentre sur l’attente et l’ennui. On ne saura par exemple jamais qui est l’homme tué en ouverture de film, ni ce qui motive son meurtre. Nous n’aurons pas non plus droit au tableau de portraits de mafieux et leur faits d’armes respectifs pour expliquer l’origine de l’enquête. Cette dernière est est simple : l’intuition d’un flic.

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Bob2 sept. 2026 · 3 min
L'intuition d'un flic (critique pour le poulpe savant)

Les récits policiers abondent depuis les origines du cinéma et tout spectateur, amateur ou non, est familier avec les codes du genre. French Connection se démarque cependant par son épure : ce qui paraissent être des incohérences scénaristiques sont le résultat d’une épuration du récit. On nous épargne les discussions de bureau interminables et les historiques de chaque bandit pour se concentrer sur ce qui constitue la moelle d’une enquête. Ainsi, en évitant ces éléments secondaires vus et revus du polar, Friedkin se concentre sur l’attente et l’ennui. On ne saura par exemple jamais qui est l’homme tué en ouverture de film, ni ce qui motive son meurtre. Nous n’aurons pas non plus droit au tableau de portraits de mafieux et leur faits d’armes respectifs pour expliquer l’origine de l’enquête. Cette dernière est est simple : l’intuition d’un flic.

Pour rendre l’enquête crédible, Friedkin a consulté deux détectives New-Yorkais. Pour autant, il n’oublie pas de s’immiscer dans la psychologie torturée de son anti-héros : un homme obsédé et violent à l’instinct sans égal. Une obsession qui éclipse les dommages collatéraux à l’instar des meurtres du contrôleur et de la passante, pour lesquels on ne s’émeut pas vraiment. Comme Popeye, on ne s’attarde pas sur les cadavres.

French Connection se ressent comme un tunnel, un labyrinthe en ligne droite avec une seule sortie, une course obsessionnelle. Ce désintérêt pour une cohérence tronque le réalisme et nous plonge dans l’urgence de l’enquête. On suit Popeye et Russo lors de filatures interminables et on attend, à leurs côtés, dans le froid. Le montage par son dynamisme rend la chose haletante, amusante parfois et souligne l’absurdité d’un système où les malfrats se pavanent impunément dans les hôtels clinquants et les forces de l’ordre galèrent dans le froid. Friedkin scrute minutieusement les gestes, et se focalise sur les sensations des personnages. On retiendra la séquence du restaurant dans lequel les deux « frogs » mettent trois heures à dîner au chaud, alors que les deux flics les observent dehors, durant un hiver que rarement New York a connu. Sur cette même scène par exemple, Popeye tape des pieds, se frotte les mains, tremble, engloutit sa pizza tiède. Les inserts1 nous forcent à ressentir le froid glacial, la faim, la fatigue et le dégoût.

Découvrir French Connection aujourd’hui c’est faire face à un pilier du cinéma alors que ses copies ont inondé le petit et le grand écran. Il garde néanmoins son aura exceptionnelle tant la pâte de Friedkin reste inégalée. Ce dernier, en se concentrant sur le quotidien pas si héroïque de ses personnages, crée un sentiment de réalisme tout en nous plongeant dans la tête d’un homme qui, à l’image d’un New York sale et suintant, sombre dans la folie, et nous avec lui. Friedkin élude les poncifs du genre, va droit au but, décortique les gestes, fait suinter la pellicule, et touche du doigt un réalisme onirique.

  1. Plan cinématographique, généralement bref, inséré au montage pour mettre en valeur un détail utile à la compréhension de l’action (titre de journal, lettre, nom de rue, carte de visite, etc.). »
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